Noces de Coquelicot - Fleur du Souvenir - 8 ans de Mariage

Publié le 15 Mars 2014

Quelques coquelicots, sonnant leur fanfare écarlate, vagabondaient au bas d'un îlot de froment.

J.-H Rosny aîné

 

Si le perce-neige est l’une des premières fleurs à éclore après le long hiver, le coquelicot se montre moins courageux, et déploie sa corolle rouge bien plus tard. Adepte du célèbre diction, il attend en effet le mois de mai pour se découvrir et faire rougir les talus et, de moins en moins cependant, les champs et les prairies. Va-t-on lui en vouloir ? Dans un pays comme le nôtre où la chose est sacrée[1] il annonce ainsi les vacances prochaines.

 

C'est d'ailleurs bien dommage qu'il déserte les champs. Repoussé des carrés cultivés à force de pesticides les plus divers, il révèle pourtant, là où il pousse, la bonne santé du sol et de la récolte. Cela est prouvé : dans les champs où croît le coquelicot, le blé est en meilleure santé. Mais la béquille chimique est par trop tentante.

 

Si son nom français évoque à la fois la crête du coq et son cri, son appellation latine, Papaver Rhoeas,  rappelle sa filiation avec le pavot. Nos grands-mères le savaient bien : une décoction de coquelicot est sédative. Attention ! Elle n'est pas soporifique  comme la morphine tirée de l’opium, extrait lui-même du suc de pavot. La frontière entre les deux est quelque peu floue, et nous avons tous le souvenir d'un professeur qui pouvait avoir le même effet sur nos esprits.  De la somnolence au rêve, du rêve au souvenir, il n’y a qu’un pas, que nous franchirons un coquelicot  à la main. Partenaire idéal du bleuet et de la marguerite dans la réalisation de bouquets républicains, le coquelicot a souvent représenté le sang et la révolution. C’est pour cela qu’elle a été adoptée par les ouvriers et était[2], jusqu’en 1919, la fleur du 1er mai. A partir de là, cette place lui sera ravie par le muguet*. C'est que la fleur rouge représentait désormais tout autre chose !

 

S’il est une région où le coquelicot fleurit de manière singulière en effet, il s’agit du Nord de la France, plus particulièrement dans la vallée de la Somme. Si les Français ont choisi le bleuet en souvenir du sacrifice de leurs soldats durant le premier conflit mondial, les Britanniques et les Canadiens ont préféré le coquelicot. Ce choix quelque peu étrange trouve ses racines dans le poème du lieutenant-colonel John McCrae : « Dans les champs des Flandres ». Après tout, la corolle rouge n’évoque-t-elle pas le sang du sacrifice ? Et elle rappelait de manière fort symbolique la tenue traditionnelle des troupes anglaises. Aujourd’hui encore, chaque 1er juillet[3] et chaque 11 novembre, Anglais et Canadiens arborent un coquelicot sur leur veste et, récemment, le Canada a édité une pièce tout à fait spéciale de 2 dollars, avec incrustation de métal peint.

 

Il faut savoir que lorsque le poème du capitaine fut écrit, en mai 1915, les troupes britanniques n’avaient pas encore vécu le pire de la guerre. En 1916, les Français eurent Verdun, les soldats de George V durent combattre dans la Somme. Le 1er juillet de cette même année, en une demi-journée, ils furent 20.000 hommes à être fauchés par les mitrailleuses des troupes du Kaiser, malgré une intense préparation d’artillerie et les tirs de mines qui firent dire au général Haig : « Nous ne changerons peut-être pas l’histoire, mais nous aurons changé la géographie ». L’un de ces cratères, le Lochmagar, existe encore de nos jours. Il est situé près du village de La Boisselle, non loin d’Albert (Somme).  Nulle météorite ne l’a creusé, nul volcan n’a été plus meurtrier que la folie humaine.

 

En 1917, ce furent les Canadiens qui emportèrent, au prix d’âpres combats, la crête de Vimy, où un monument rappelle leur sacrifice. A cette occasion, le Brigadier Général Ross déclara « … en ces quelques minutes je fus témoin de la naissance d’une nation. »

 L’immense stèle de pierre, édifiée peu avant le second conflit mondial, ne fut pas profanée par les troupes d’occupation allemandes qui purent s’enorgueillir d’avoir conquis un peu de territoire canadien. En 1922, en effet, la France avait donné ce bout de terrain symbolique à la toute jeune nation canadienne qui allait prendre son indépendance 9 ans plus tard.

 

Voici la traduction du poème, telle qu’elle a été faite par le Major Jean Pariseau, de l’armée canadienne.

Au champ d'honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l'espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor'
À nos parents, à nos amis,
C'est nous qui reposons ici,
Au champ d'honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.

 

Seule plante à pousser sur les champs de bataille dévastés, le coquelicot nous rappelle que sa fragilité n’est qu’apparence. La plante est rudérale. Chaque année, elle renaît, embellissant les bords des routes plus sûrement que les improbables ronds-points que nous imposent des élus en mal de reconnaissance.  De quoi espérer le voir pousser pour longtemps encore pour  qu'il soit sujet d'inspiration pour les peintres ou les maîtres couturiers comme Kenzo Takada.

Aussi, bien que sa beauté en ait fait un sujet de prédilection pour nombres de peintres, notamment Monet, rappelez vous de sa force symbolique. Et lorsque vous cueillerez un coquelicot, pensez à ce Canadien inconnu mort pour que vous puissiez vivre en paix.

 

Maurice Rollinat a écrit au sujet de la fleur : « les carmins et les incarnats, le pourpre des assassinats, tous les rubis, tous les grenats, luisent en elle ». Rouge de sang, telle est la grandeur du ponceau, autre nom de notre coquelicot, qui fut de tous les défilés avant que le muguet ne le remplace en 1919, après trop de sang versé à la guerre. En Flandres, il est justement appelé bloedzuiper, « suceur de sang ». Mais l'origine de ce nom est bien moins tragique. Pour empêcher les enfants de piétiner les champs de céréales, les adultes leur racontaient que les coquelicots leur suceraient le sang. La couleur rouge de la fleur achevait de convaincre les garnements. Les plus courageux allaient cependant cueillir la fleur et, en rabattant la corolle vers le bas, se confectionnaient ainsi une petite poupée toute de rouge vêtue. Un brin d’herbe noué faisant ceinture, un petit bâton passé en travers formant bras, et la voilà prête à danser au vent  sur l'air de « Gentil coquelicot »!

 

De cette corolle rouge, les teinturiers en tiraient un extrait indispensable avant que ne soit importée massivement la cochenille et que ne soit cultivée la garance. C'est pour les Espagnols la marque de la timidité. Ne disent-ils pas « plus rouge qu'un coquelicot[4] », alors que nous même avons des références disons, plus culinaires ? C'est un peu dénigrer la fleur qui a des qualités gustatives certes moins connues que celles de la tomate, mais qui n'en sont pas moins réelles. On peut accommoder les pétales de mille et une façons, avec des recettes de plus en plus étonnantes. Les Grecs les connaissaient déjà, et les Égyptiens avaient peint dans leurs tombeaux des guirlandes de coquelicot.

 

Voilà, vous savez (presque) tout pour aller, et pour reprendre le beau verbe de Bernard Bertrand,  « coquelicoter » dans la campagne !

 

***

Visiter : Le site du Gouvernement du Canada sur le mémorial de Vimy


[1]Lire à ce sujet « Sacrées vacances » de Ted Stanger.

[2] Avec l’églantine.

[3] Date anniversaire du déclenchement de la bataille de la Somme en 1916.

[4]Mas rojo que um amapola

Noces de Coquelicot - Fleur du Souvenir - 8 ans de Mariage

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Anniversaires de mariage

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