7 ans de mariage : Noces de laine, le temps de "laisser pisser" ?

Publié le 6 Mai 2015

Photo : Phillip Capper

Photo : Phillip Capper

C'était une époque à laquelle chaque royaume devait compter sur ses ressources propres. L'argent et l'or d'Amérique étaient réservés à un Empire espagnol vieillissant, la maitrise des mers était (déjà) l'apanage des Anglais. Il restait à la France le commerce des "îles à sucre" (et des esclaves, qui enrichirent nos armateurs d'alors), alors que le Canada était perdu et... et le textile.

Source de richesse depuis le Moyen-Âge, le textile a longtemps été l'alpha et l'omega de toute la vie économique de notre continent. Tout tournait autour de cette denrée indispensable à tous, et dont chacun usait en fonction de ses revenus. Les étoffes les plus fines, les plus richement teintes étaient réservées aux riches. Quant au reste, eh bien...

On importait à grands frais la soie de l'Extrême Orient, le coton poussait aux Amériques (nous avons parlé des esclaves, relisez voir "La Case de l'Oncle Tom") et la laine était LA grande étoffe de l'Europe. Et en ce siècle des Lumières, on se pique de rationnalité, de rigueur scientifique. Alors les Rois encouragent les sciences, pour la beauté du geste, mais aussi dans l'espoir d'un rapport fructueux pour l'Etat, donc, pour eux.

Louis XVI était de ceux là. Eh non, il n'a pas été que le fat décrit par l'Histoire. Piqué de sciences naturelles, de techniques, il était certainement meilleur serrurier que roi, et il a exploré par procuration en envoyant par exemple La Pérouse à l'autre bout du monde1. Toujours est-il qu'il encouragea les travaux de la Bergerie Royale de Rambouillet.

Comme actuellement, il fallait de temps à autres présenter ses travaux, histoire de confirmer que l'argent royal était bien dépensé. Or donc, foin de powerpoint à cette époque, on jugeait sur pièces. Ou plutôt, on amenait les pièces. Et c'est ainsi que les responsables de la Bergerie Royale eurent l'idée d'amener au souverain un exemplaire de ce qu'ils savaient faire de mieux. On amena un solide mouton. Un merinos, pour être précis. Un croisement savant qui alliait la rusticité et la production de laine. Il s'agissait de concurrencer ces satanés anglais ; si on ne pouvait pas couler leur flotte, on pouvait au moins faire la nique à leur commerce.

Le merinos était donc là pour çà. Sans doute impressionné par l'enjeu, ou au contraire tout à fait indifférent à ce qu'il représentait et à celui à qui il était présenté, le solide mâle ne trouva rien de mieux que d'uriner aux pieds du souverain. Devant l'empressement affolé de ses courtisans, Louis XVI eut ces mots magnanimes : "Laissez pisser le merinos".

Alors quand on dit souvent que le cap des 7 ans est le plus difficile à franchir dans le mariage, apprenez parfois tout aussi magnanimement à "laisser pisser" lorsque l'enjeu n'en vaut pas la peine.

Pour la fin de la petite histoire, les Anglais, en cette fin de XVIIIème siècle, perdirent leurs terres d'Amérique, et le coton qui poussait dessus (business is business, cela ne dura pas longtemps, la livre sterling le ferait revenir vers Londres). Tout cela tombait fort mal pour les manufactures anglaises qui commençaient à peine à tirer parti de la puissance de la vapeur et de la force de travail d'un nouveau prolétariat. Coincidence heureuse, on trouva à cette époque une nouvelle lointaine colonie, bonne aussi bien pour les bagnards qu'on ne pouvait plus expédier en Amérique que pour les moutons, mérinos de surcroît. Ainsi l'Australie et sa voisine la Nouvelle-Zélande devinrent les nouvelles terres du mouton.

 

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1 Alors qu'on était sans nouvelles de l'explorateur français depuis des années (on ne retrouvera ses restes que près de 50 plus tard sur l'île de Vanikoro), on dit que l'une des dernières phrases prononcées par Louis XVI en montant sur l'échafaud (avant "peuple, je meurs innocent" !) fut "A-t-on des nouvelles de La Pérouse ?"

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Anniversaires de mariage, #Le Saviez-vous ?, #Noces de Laine

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