25 ans de mariage : Noces d'Argent et un peu de remue-méninge monétaire !

Publié le 25 Octobre 2014

Vraiment simple, indeed... (Astérix chez les Bretons - Goscinny et Uderzo - Ed. Dargaud - 1966)

Vraiment simple, indeed... (Astérix chez les Bretons - Goscinny et Uderzo - Ed. Dargaud - 1966)

Alors que le Royaume-Uni pousse des cris d'orfraie à l'idée de donner une rallonge au budget européen, je trouvais intéressant de nous replonger sur des questions monétaires. Car si on parle en anglais de money, pour ce qu'on appelle chez nous "l'argent", tout le système monétaire britannique est basé, à l'origine sur le métal en question, appelé "silver" outre-Manche.

Comme le dit Jolitorax, le cousin germain d'Astérix (et non le germain cousin, comme aurait pu dire Obélix), tout cela est vraiment simple. Ca l'est effectivement depuis 1971, depuis, en réalité que la livre est divisée en 100 pence (pluriel de penny). Comme chez nous le franc divisé en 100 centimes, ou, de nos jours, l'euro divisé en cent cents (je préfère dire centimes, car "cent cents" me parait peu euphonique).

Avant 1971, c'était un peu plus compliqué. Remarquez, tout est résumé dans le schéma ci dessous : une livre (en argent) est égale à une guinée d'or (jusqu'en 1818) ou un souverain d'or1 (de 1818 à 1965), ou alors 4 couronnes, ou alors 10 florins. Chaque florin égale 2 shillings, ceux ci valant chacun 12 pences (en cuivre).

 

 

 

Le système monétaire anglais avant 1971.

Le système monétaire anglais avant 1971.

Ouf ! Pourquoi un tel mic-mac ? Et pourquoi "livre" (pound) ? Parce qu'à l'origine une livre valait effectivement une livre (poids) d'argent. Une livre romaine, soit environ 409 grammes. Les Romains ? Rappelons-nous qu'ils ont trainé leurs caligae jusqu'aux frontières de l'Ecosse : toute la "Bretagne" (ou presque) était donc sous leur coupe (pour la suite, voir la fabuleuse série Kaamelott). Ils ont donc apporté leur système monétaire. Le Shilling est donc une réminescence du solidus latin, et le penny rappelle le denier. Les rapports entre les deux étaient les mêmes : 1 solidus = 12 deniers. D'ailleurs, le symbole du penny est toujours le "d.".

Car il faut savoir que le système décimal est assez récent, et date en fait de la Révolution Française. On comptait donc la monnaie en base 2, 4, 5 et 12. Ce qui avait ses avantages. Rendons à César ce qui est à César (encore une histoire de monnaie), et remercions ici Gérard Hocmard dans son Culture Guide sur la Grande Bretagne (Ed.PUF), qui nous apprend la chose très simplement : cela permet de calculer facilement les pourcentages de tête. Ainsi, un intérêt de 5% par an revient à payer un penny par livre et par mois.

Tordu pensez-vous ? Rappelons-nous que sous l'Ancien Régime, nous avions peu ou prou le même système. Des livres (tournois - de Tours- ou parisis - de Paris, pour ne pas compliquer les choses), des écus (unité de compte valant 3 livres), des sous (pluriel de sol, le solidus latin), des deniers, un sol valant 12 deniers. Ce qui permet là-encore de calculer les intérêts, sachant qu'un an compte 12 mois. 

On peut ainsi comprendre le texte suivant, tiré de l'Acte I, Scène IV de l'Avare de Molière :

CLÉANTE: Moi, mon père? C'est que je joue ; et comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne.

HARPAGON: C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu, vous en devriez profiter, et mettre à honnête intérêt l'argent que vous gagnez, afin de le trouver un jour. Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tête, et si une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un haut-de-chausses? Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru, qui ne coûtent rien. Je vais gager qu'en perruques et rubans, il y a du moins vingt pistoles, et vingt pistoles rapportent par année dix-huit livres six sols huit deniers, à ne les placer qu'au denier douze.

CLÉANTE: Vous avez raison.

 

La question : que signifie placer au denier douze ? Amis matheux (et les autres...), par ici !

Et le franc ? Il fut créé en 1356 après la bataille de Poitiers (contre les Anglais, oui...), qui vit la capture du roi Jean II le Bon. Les Anglais acceptèrent de le libérer, contre rançon. On créa donc cette monnaie permettant d'af-franc-hir le Roi, de le rendre franc, c'est à dire libre.

Tout cela pour dire que les Français étaient tout aussi "tordus" que les Anglais. Les mauvaises langues diront que ces derniers le sont restés plus longtemps que nous, et qu'ils ont dû attendre plus de deux siècles avant de se faire éclairer par le génie simplificateur de la Révolution Française. Et encore, ils en sont encore restés aux milles, aux yards et autres pieds et pouces... Encore un article en perspective ! Sur le platine cette fois-ci.

En attendant, si vous êtes toujours prêts à asticoter nos voisins d'outre-Manche, je vous conseille "1000 ans de mésentente cordiale", de Stephen Clarke (la version anglaise, facile d'accès, a un titre plus savoureux : 1000 Years of Annoying the French). Il est toujours intéressant d'avoir les deux versions d'une même histoire.

Comme dans un couple, quoi !

Joyeux anniversaire !

 

Envie d'en savoir plus sur l'argent ? C'est par ici !

 

Dans le cas de la pièce d'or, son poids n'était évidemment pas le même que celle en argent !

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Anniversaires de mariage, #Noces d'Argent

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Vincent 03/12/2014 12:53

Merci pour l'article.

D'ailleurs, un vélo "grand-bi" se dit "penny-farthing" en anglais :-)

Nicolas PERROT 04/12/2014 21:08

Merci pour le complément !