Noces d'Or : 50 ans de mariage... Les Français seront-ils éternellement des "Keskydees" ?

Publié le 15 Novembre 2014

Un "Fortyniner" au travail avec sa batée : l'or, très dense, se concentre au fond de l'instrument.

Un "Fortyniner" au travail avec sa batée : l'or, très dense, se concentre au fond de l'instrument.

La ruée vers l’Or de 1848-49 a eu ses mythes. Rappelons qu’elle a commencé lorsqu’un homme, James W. Marshall, trouva une pépite[1] d’or au fond d’un ruisseau de Californie.  Hasard ? Le territoire allait peu de temps après être intégré aux États-Unis d’Amérique après de sanglants conflits avec les autres États-Unis d’Amérique du Nord, ceux du Mexique (Depuis, pour des raisons de commodité, nous parlons des Etats-Unis, et du Mexique).

L’homme en question dut certainement boire plus que de raison, en tout cas, la nouvelle de la découverte d’or en Californie se répandit comme une trainée de poudre noire (celle qui servait à faire sauter les rochers, la dynamite n’était pas encore inventée) à travers le monde entier.

C’est ainsi que des milliers d’hommes (il y eut très peu de femmes au début, l’ambiance à San Francisco devait être certainement très triste) se transformèrent en prospecteurs. Bien peu d’entre eux firent fortune. Les mauvaises langues (ou les blagueurs, les deux choses étant parfois similaires) prétendirent que la meilleure façon de devenir millionnaire en Californie était de partir comme milliardaire et se mettre à prospecter[2].

Quoi qu’il en fût, San Francisco devint en quelques mois une véritable Tour de Babel. La magnifique rade était pleine de navires désertés par leur équipages venus tenter leur chance à terre, et on parlait toutes les langues dans ce bout du monde encore fort loin de la civilisation telle qu’on la concevait dans la vieille Europe ou sur la côte Est du continent. Et, parmi ces étrangers, il y avait bien sûr des Français.

Ceux-là, parmi tous les Fortyniners[3], ont laissé un sacré souvenir (comme plus tard les « Maudits Français » au Québec, mon papa en était un…). Pour leur cuisine ? Leur propension à râler et à ne rien trouver à leur gout ? Possible… Non, c’est surtout pour leur incapacité notoire à apprendre la langue de cette contrée (qui était une sorte de sabir international basé sur l’anglais). À tel point qu’on les appela les « Keskydees ». Cela n’a guère changé me direz-vous, on reconnait le Français à l’étranger parce qu’il demande toujours « Mais qu’est ce qu’il dit ? ».

On pourrait en rester là. Et pourtant, comme j’aime bien comprendre, je me suis permis d’élaborer ma théorie. Mon travail me permet de voyager à l’étranger et du Nord au Sud de l’Europe, en passant par sa moitié Est : ce sont bien les Français qui sont les plus mauvais à apprendre une langue étrangère.  En Italie, mes interlocuteurs professionnels parlent tous français ! Même à Strasbourg, ville « internationale » que j’ai adoptée, certains commerçants n’apprennent pas un mot d’aucune langue parlée par leurs nombreux clients, et répondent agacés à ces derniers qui essaient tant bien que mal de se faire comprendre, avec les quelques mots de français qu’ils ont appris à baragouiner.

Alors, cette théorie ? Est-ce que les Français sont si fermés à l’étranger ? Ca dépend de qui. Il y a ceux qui voient une chance dans la mondialisation, et les autres. Ceux-là se plairaient tellement en France que lorsqu’ils s’aventurent au-delà des frontières de l’Hexagone, ils préfèreraient rester entre Français, dans des clubs spécialement faits pour eux. On peut effectivement avoir peur de ce que l’on ne connait pas, et puis, après tout, si on n’a pas bien appris une langue, il est parfois dur de s’y mettre après coup. Il faut dire que l’enseignement des langues est catastrophique en France : on se focalise sur la grammaire, sur l’accent, sur la prononciation, on n’hésite pas à vous montrer que vous avez faux (encore une attitude très française : lorsqu’un étranger essaie de parler notre langue, n’avez-vous pas remarqué ces « enseignants » qui le reprennent ?)…

Bref, rien de pire pour bloquer l’enseignement. Alors que quand vous allez à l’étranger, personne ne vous reprendra. Vous arriverez à vous faire comprendre même sans une grammaire élaborée (et avec un ou deux verres c’est parfois plus fluide). Moi-même, j’ai toujours été bloqué par l’anglais. Il a suffi d’un voyage hors du cadre scolaire pour me décoincer : on demande son chemin, on rencontre des gens pour qui il n’est pas grave de ne pas déclamer du Shakespeare. Désormais j’arrive à lire la presse anglophone, ou à discuter de points techniques avec des professionnels étrangers.

Aussi j'ose espérer que les techniques pédagogiques ont changé depuis mes années de collège et de lycée. Si ce n'était pas le cas, amis professeurs, faites mentir ces étrangers qui nous appellent toujours les Keskydees : arrêtez de reprendre vos élèves quand ils font une faute, ils apprendront tellement plus vite ! (Non, amis élèves, il n’y aura pas de verres pour vous aider à progresser !).

 

Pour en savoir plus sur le métal "chair des dieux"...

 

[1] De l’espagnol pepita, petit grain.

[2] D’autres prétendent que, de la même manière, il suffit d’être milliardaire et de se marier…

[3] « Ceux de 49 », c’est également le nom de l’équipe de football américain de San Francisco.

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces d'Or

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Alliance Or 20/02/2016 03:43

50 ans de mariage c'est beau mais difficile à atteindre, un demi siècle d'union à tenir. Sinon la ruée vers l'or a quelque chose de magique pour moi, une grande époque. Il est vrai que les français sont réputés à l'étranger pour ne pas bien parler l'anglais, faute à l'éducation nationale et ses techniques d'enseignement, le mieux est d'apprendre par soi même en faisant un long séjour hors de l'hexagone.

Nicolas PERROT 21/02/2016 19:01

Bonsoir, oui, vous avez raison : 50 ans est un bel objectif. Moi-même j'ai remis les compteurs à zéro.. Et quant à l'apprentissage de l'anglais, un long séjour peut surtout débloquer, car on se rend compte qu'en face de nous il y a des gens qui ne sont pas là pour nous dire ce qui est faux ou pas...