Noces de Laine : 7 ans de mariage, et du feutre à combien le kilo ?

Publié le 16 Novembre 2014

Napoléon Ier lors de la Campagne de France - Ernest Meissonier (détail)

Napoléon Ier lors de la Campagne de France - Ernest Meissonier (détail)

On vient encore d'adjuger un souvenir napoléonien. Rappelez-vous, nous avions déjà évoqué dans ces lignes l'acte de mariage du Général Bonaparte et la Citoyenne Tascher de La Pagerie (dite aussi "de Beauharnais"). 

Cette fois-ci, il s'agit d'un couvre-chef, un bicorne, sans lequel la silhouette du plus connu de nos empereurs n'aurait pas été la même (Pascal avait dit à peu près la même chose du nez de Cléopatre, la reine aux perles).

Pensez plutôt : près de 1,9 millions d'euros ! Pour un article historique, certes, mais pas de l'or ! D'ailleurs, de quoi était fait un bicorne ? De castor parfois, chassé jusqu'à sa quasi-disparition en Europe[1] puis trappé au Canada[2]. Mais aussi et surtout de feutre, avec une ganse de soie et une garniture interne en satin.

Du feutre ? Parlons-en justement. Ce n’est ni plus ni moins que de la laine foulée. Pour le fabriquer, il faut récupérer les poils les plus courts du mouton, ceux qui ont, a priori, le moins de valeur. Ensuite, on les foule en présence d’un alcalin. On utilisait autrefois l’urine. Peu ragoutant, mais efficace ! Les artisans feutriers avaient chosi Saint Jacques comme patron de leur corporation. La légende racontait que le saint homme avait rembourré ses chausses de laine. Au bout d’une longue marche, à force de foulage et avec l’alcalinité de la sueur, la laine s’était transformée en feutre.

De cette matière, les Mongols firent des yourtes qui furent l’un des secrets de leur prodigieuse expansion au Moyen Âge. La taille de leur empire, plus de 30 millions de kilomètres carrés, constitue toujours un record ! Mais le feutre fut aussi utilisé comme matière première de nombreux couvre-chefs : des bérets « basques » aux fez marocains, en passant par les mitres d’évêques ou des grands chapeaux des mousquetaires chers à Dumas. Et, bien sûr, des bicornes sur lesquels Bonaparte avait jeté son dévolu[3], dont un exemplaire vient donc de battre tous les records !

Alors, le feutre, une matière sans valeur ?

 

Envie d'en savoir plus sur la laine ?


[1] Rappelons-nous que la Bièvre qui coulait à Paris était une rivière à castors. D’ailleurs, en ancien français, castor se disait « bièvre », à rapprocher du beaver anglais ou du bieber allemand. En Alsace, les tuiles traditionnelles, plates et à l’extrémité arrondie, s’appellent « queue de castor » (Biberschwanz).

[2] Il est d’ailleurs toujours l’emblème animal de ce pays, comme l’érable est son symbole végétal.

[3] En réalité, c’était pour ainsi dire la coiffe réglementaire des officiers de l’armée révolutionnaire.

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Satin, #Noces de Laine, #Noces de Soie

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