32 ans de Mariage, noces de cuivre : Palsembleu... Parlons sang bleu !

Publié le 14 Décembre 2014

Cristaux d'Azurite, photo Rob Lavinski

Cristaux d'Azurite, photo Rob Lavinski

Cette semaine, nous allons évoquer le sang bleu.

Voilà d’ailleurs une expression intéressante ; « Avoir le sang bleu » signifie être noble. Pourquoi donc ? Y aurait-il un rapport avec la couleur de l’étendard des premiers rois de France, d’azur parsemé de lys d’or ? Ce serait faire trop de francocentrisme. Il nous faut aller dans des contrées voisines plus ensoleillées, en Espagne. Car en version originale, dans la langue de Cervantès, on dit « sangre azul ».

Ceux qui se disaient de noble extraction, « pure », auraient dit d’autres, voulaient se distinguer des Maures alors que les chrétiens étaient en pleine Reconquista qui allait s’achever par la chute de Grenade en janvier 1492. Un Maure avait le teint bronzé, basané[1], et quelqu’un qui voulait absolument faire valoir son éloignement de ce peuple avait beau jeu de montrer le teint de peau le plus clair possible. Et qui, par transparence, laissait entrevoir les veines… bleues. C’était une époque (qui dura jusqu’aux premiers bains de mer) durant laquelle il était beaucoup plus classe d’arborer un teint d’albâtre, le bronzage étant réservé aux travailleurs[2].

Voilà une énigme résolue, qui nous amène à une autre locution (et ses cousines) : Palsambleu ! s’écriait-on autrefois. Faisait-on référence à ce fameux sang bleu ? Invoquait-on la noblesse ? Que nenni, il s’agissait en réalité d’un subterfuge pour éviter le blasphème. « Bleu » remplaçait ainsi phonétiquement « Dieu ». « Sacre dieu » devenait « sacrebleu » et ainsi de suite. Le blasphème n’étant plus un crime en France (sauf en Alsace Moselle, où la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat n’est pas appliquée), on peut jurer… tout en gardant à l’esprit qu’il est poli de respecter les croyances de chacun[3] !

Nous arrivons donc au sujet dont je voulais vous entretenir : le sang bleu de plusieurs animaux, dont les plus célèbres sont les limules (appelés en anglais horseshoe crab, crabe en fer à cheval). Le fait que nous ayons retrouvé des limules fossiles presque identiques à leurs descendants actuels prouve qu’ils étaient parfaitement adaptés à leur environnement. Et l’un de leurs secrets est justement ce sang bleu.

Notre sang à nous humains (je considère que seuls des humains peuvent lire ces lignes) est rouge car c’est l’hémoglobine qui est chargée du transport de l’oxygène. Or, l’hémoglobine contient du fer, connu pour sa couleur rouge, qui l’a d’ailleurs fait relier à Mars, le dieu romain de la guerre. Le fer des armes  et le rouge du sang, oui, cela avait du sens. Et le limule ? Son sang, en fait de l’hémolymphe, utilise l’hémocyanine pour cette tache d’oxygénation du corps. Le métal utilisé est dans ce cas, vous l’auriez deviné, du cuivre.

C’est en effet l’un des m’étaux les plus colorés, presqu’autant que le chrome (dont le nom signifie justement « couleur »). Il est rouge à l’état natif, jaune quand il est allié à des sulfures, comme la chalcopyrite, ou encore vert ou bleu, comme dans la malachite et l’azurite. C’est ce bleu qui donne celui de la turquoise, et ces propriétés ont fait du cuivre une base recherchée par les artistes depuis au moins l’Egypte ancienne.

Vous remarquerez qu’au passage nous avons évoqué l’albâtre (75 ans de mariage), la turquoise (18 ans), le bronze (22 ans) et la basane (31 ans de mariage), le fer (41 ans), l’or (50 ans). De quoi prévoir de nouveaux articles.

En attendant, n’hésitez pas à découvrir les multiples aspects de ce métal indispensable qu’est le cuivre.  

 


[1] Vous remarquerez que s’il est bien vu de se dire « bronzé », « basané » fait moins classe. Pourtant, il s’agit du même teint de peau. Etrange comme nos préjugés peuvent déteindre sur notre vocabulaire.

[2] Lorsque les bains furent l’apanage des plus aisés, le teint blanc désignait les ouvriers travaillant dans l’obscurité des usines.

[3] Le blasphème étant plutôt un crime codifié comme tel par les différentes hiérarchies religieuses. Dieu, quel que soit son nom, n’a pas besoin de cette pénalisation pour se faire respecter !

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Cuivre

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