Le coton : 1 an de mariage et une erreur historique !

Publié le 30 Décembre 2014

Ce doit être l’erreur la plus célèbre de l’Histoire1 : jusqu’à la fin, Colomb fut persuadé d’avoir découvert la route des Indes en passant par l’Ouest, en évitant donc le long détour par les côtes africaines, le redoutable Cap de Bonne-Espérance (ainsi baptisé d’ailleurs car on espérait qu’une fois qu’il était passé, ce serait une mer plus pacifique2 qui allait suivre). Une route qui, cerise sur le gâteau, permettait de contourner le monopole portugais sur cette route que les explorateurs mandatés par le monarque de Lisbonne s’efforçaient de jalonner depuis le début du XIVème siècle et qui fut finalement ouverte par Vasco de Gama en 1497.

 

Tant et si bien qu’un géographe de langue allemande décida de donner au continent (dont on commençait à découvrir qu’il était nouveau) le nom d’un autre explorateur, italien également, Amerigo Vespucci. C’était en 1507, à Saint-Dié des Vosges (ce qui me permet de saluer au passage mes amis vosgiens et de signaler qu’il y a dans cette ville un festival annuel et international de géographie).

 

On peut bien comprendre l’erreur de Colomb. Outre le fait qu’elle était tentante (imaginez : vous découvrez une route directe vers les richesses de l’Orient, sans passer par les territoires musulmans avec qui les relations étaient conflictuelles), elle s’explique par la géographie. En réalité, si on savait à l’époque que la Terre était ronde3 ), on ignorait sa taille réelle. On pensait que la distance entre l’Europe et les côtes Est de l’Asie était tout à fait franchissable par les moyens techniques de l’époque. En clair, on n’imaginait pas qu’il y avait de la place pour un autre continent !

"Léonard, génie en balade", Turk et de Groot, Dargaud.

"Léonard, génie en balade", Turk et de Groot, Dargaud.

Et qu’il y eut de la Terre « là bas vers l’Ouest » était une quasi-évidence pour les lettrés de la fin du XVème siècle. Outre les sagas vikings qui racontaient la colonisation du Vinland (Terre-Neuve), bien qu’éphémère, il y avait surtout les récits des pêcheurs basques qui arrivaient à filtrer malgré le secret qui entourait leurs fabuleuses zones de pèches au large de Terre-Neuve. On pense que Colomb avait eu accès à ces récits, qui ne firent que confirmer que son projet était réalisable. Il y avait une autre excuse pour Colomb.

Les indigènes qui l’accueillirent étaient pour certains habillés (en partie) de coton. Hors, au Moyen-âge, cette « laine d’arbre » n’était connue pour venir que d’Inde, en tout cas d’Asie, et cela depuis l’Antiquité. Le coton était donc une rareté en Europe, qui produisait cependant de la Laine en abondance, pilier de la richesse de contrées comme l’Angleterre, qui la produisait, les Flandres et la Champagne, où elle était vendue, et l’Italie, où elle était teinte. Colomb pensa donc en voyant ces indigènes vêtus de coton qu’il était arrivé aux Indes. D’ailleurs, on parle toujours d’Indiens en pensant aux Westerns. Le terme Amérindiens (ou Native Americans) n’est pas vraiment usité…

"Léonard, génie en balade", Turk et de Groot, Dargaud:

"Léonard, génie en balade", Turk et de Groot, Dargaud:

Nous connaissons tous la suite : Colomb avait, sans le savoir, découvert un nouveau continent, auquel on donna donc le nom d’un autre, Amérique. Un pays au moins pris le nom du Génois, la Colombie. On aurait pu en rester là mais…

Revenons sur ce coton. Celui d’Amérique a 26 chromosomes. Celui d’Asie 13. Cela veut dire que le coton américain est un hybride. Et que l’un de ses parents vient certainement d’Asie. Quand aurait eu lieu cette hybridation ? Avant la séparation des continents, ou a une époque beaucoup, mais alors là beaucoup plus récente ?

Alors là on ressort toutes les hypothèses, plus ou moins farfelues qui expliqueraient, au hasard, la similitude de formes entre les pyramides d’Egypte et d’Amérique Centrale, ou entre les traits des habitants de la côte péruvienne et ceux de certaines îles de Polynésie. Un autre explorateur s’était fait fort de prouver que la communication maritime avait pu être possible en des temps reculés. En 1947, Thor Heyderdhal (c’est son nom), avait construit Kon-Tiki, un radeau de balsa parti du Pérou vers la Polynésie. Mission accomplie, comme le fut celle de Râ II ( Râ I ayant coulé), un radeau confectionné cette fois-ci à partir de Papyrus, et qui démontra une fois encore que les Egyptiens auraient pu traverser l’Atlantique avec les moyens dont ils disposaient.

Après tout, nous sommes à peu près certains qu’ils avaient réalisé une circumnavigation autour du continent africain pour rejoindre le légendaire pays de Pount (Vers la Somalie Actuelle), et qu’ils avaient creusé, plus de 3000 ans avant Lesseps, un canal entre la Mer Rouge et le Nil (sans l’aide des Gaulois).

"Astérix et Cléopatre", Goscinny et Uderzo, Dargaud.

"Astérix et Cléopatre", Goscinny et Uderzo, Dargaud.

Laissons les explorateurs et archéologues continuer à chercher sur ces voies. Pourquoi pas, après tout ? Par contre, les botanistes refroidissent un peu notre enthousiasme : nul besoin de connections transatlantiques pour que le coton puisse s’hybrider ! Eh oui, sa graine, en effet, voyage très bien, merci pour elle. Il aura suffit de l’une d’entre elles qui fasse le voyage pour expliquer cette hybridation. Cela vous a un peu déçu ?

Rassurez-vous, le coton a bien des choses à raconter.

(http://www.mariage-de-matieres-ou-noces-de-quoi.fr/1-an-noces-de-coton-texte-integral.html)

Et quand vous aurez fini avec le coton…=> http://www.mariage-de-matieres-ou-noces-de-quoi.fr/2014/10/feuilleter-et-acheter-le-livre.html

 

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1 On évoque aussi parfois celle d’Alexander Fleming qui lui permit de découvrir la pénicilline, par sérendipité (mot dont l’équivalent anglais, serendipity, est le mot le plus apprécié par les Anglophones). On doit surtout à ce bienfaiteur de l’Humanité le fait d’avoir oublié de ranger son laboratoire. Ce qui n’est pas vraiment une erreur mais surtout une bonne excuse pour beaucoup d’entre nous.

2 Ce qui nous amène à cette appellation : Magellan (qui n’acheva pas son tour du monde, puisqu’il fut tué en cours de route) donna ce nom à l’océan qu’il découvrit après avoir passé de longues et difficiles semaines dans le détroit qui porte aujourd’hui son nom. L’océan s’appelait alors Mer du Sud, car il fut découvert par Balboa en 1513 au sud de l’isthme de Panama, à cet endroit où la terre s’étend d’Est en Ouest, et que la mer se trouve au Nord (celle des Caraïbes et donc l’Océan Atlantique) ou au Sud (le Pacifique).

3 On le savait depuis les Grecs, ce qui était par contre hors « normes » à l’époque c’était de penser que le système était héliocentré et non géocentré.

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Coton

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