Noces de... plein de choses : les noces de la France avec la Mer.

Publié le 21 Décembre 2014

Carte des côtes de France. Auteur : Rigil

Carte des côtes de France. Auteur : Rigil

Nous en avons, des côtes, en France. Le géomètre en comptera les kilomètres[1], le géomorphologue décrira des falaises, des plages, des anses, des criques, des rias, des tombolos[2], des flèches littorales… Le poète décrira la couleur magique des flots et des roches, et le syndicat d’initiative, lui, vantera un peu tout cela à la fois.

C’est le tourisme naissant qui donna aux côtes de France ces si belles appellations, que nous connaissons aujourd’hui.

Alors, du Nord au Sud :

  • Côtes des Dunes de Flandres : appellation strictement géomorphologique il faut en convenir, mais pas sans charme : nulle part ailleurs vous ne trouverez de plages aussi vastes et aussi planes  que là ! Ce n’est pas pour rien que ce sont les pros du char à voile !

 

  • Côte d’Opale : la référence à cette pierre, célébrée par les 21 ans de mariage, est dictée par les irisations de la mer qui bat cette côte aux reliefs variés : plages et  falaises de craie qui culminent aux Caps Gris-Nez et Blanc-Nez.

 

  • Côte Picarde : les géographes ne semblent pas s’être foulés. On y trouve néanmoins un joyau du patrimoine naturel : la baie de Somme.

 

  • Côte d’Albâtre : ainsi nommée grâce à la blancheur des falaises de craie, plus ou moins résistantes. Celles d’Etretat n’ont guère changé depuis qu’elles ont été peintes par Monet (entre autres) et l’Aiguille Creuse pourrait toujours abriter le repaire d’Arsène Lupin, mais d’autres ont pour le moins reculé : certains villages sont en passe de disparaitre. On reconnait cependant le talent des publicitaires : Albâtre sonne bien mieux que « craie », n’est ce pas ?

 

  • Côte de Grâce : on a dû se retrouver à court de descriptif quand on a voulu la nommer. Bien qu’Honfleur soit tout sauf dénuée de grâce !

 

  • Côte fleurie : elle devrait son nom aux pommiers en fleurs et aux nombreux jardins des stations balnéaires de renom : Houlgate, Cabourg… Fallait-il le préciser ? C’est le président de la société d’horticulture, Raymond Coustant d’Yanville,  qui a eu cette idée en  1903.

 

  • Côte de Nacre : riche en huitres ? Qui pourrait me donner l’origine de ce nom ? Est-ce lié à la couleur de la mer le long des plages ? On y trouve notamment les plages de débarquement britanniques (Gold et Sword) et canadienne (Juno).

 

 

  • Côte de la Déroute : bigre, vous voilà prévenus ! Sur la côte Ouest du Cotentin, la navigation  est dangereuse. Heureusement, elle chevauche la Côte des Havres, qui doit son nom à ces abris naturels formés par des flèches littorales.

 

  • Côte Émeraude : les flots y sont parfois vert profond, d’où ce nom précieux.

 

  • Côte de Goëlo, qui fait référence à l’ancien comté éponyme. Un nom historique.

 

  • Côte de Granite Rose : les falaises y sont en effet faites d’une variété rose de granite, dure, résistante aux flots, donnant une côte très découpée, là où les ensembles rocheux ont été affaiblis par des failles ; les diaclases.

 

  • Ceinture Dorée : un paradis pour les agriculteurs : la douceur du climat et la richesse du sol en font en effet un terroir de choix pour de nombreuses productions agricoles.

 

  • Côte des Légendes : y trouve-t-on l’Ankou, les Korrigans ? En tous les cas, mais cela est vrai pour toute la Bretagne, les paysages font fonctionner votre imaginaire ! Pour les géographes plus terre-à-terre, vous y trouverez également la Côte des Abers. Celle-ci rappelle qu’il y avait là d’anciennes vallées fluviales creusées lorsque le niveau des mers était plus bas de plus de 100 m. Ces rias ont été envahies lors de la fin de la dernière glaciation, donnant ce que les Bretons ont nommé Abers.

 

  • Côte d’Iroise : de la Pointe Saint-Matthieu à celle de Penmarch, elle tirerait son nom des Irlandais qui y seraient arrivés au Haut-Moyen Âge. On les appelait Hirwas. En tous les cas, le nom « Iroise » est utilisé au moins depuis le XVIIème siècle par les marins de la Royale.

 

  • Côte de Cornouaille, pour rappeler qu’il n’y a pas de Cornouailles qu’anglaises.  Ici (La Cornouaille et non LES Cornouailles) , nous parlons d’un ancien évêché.

 

  • Côte des Mégalithes : nulle part ailleurs en France et même en Bretagne, les mégalithes ne sont plus nombreux qu’ici. On y trouve notamment les alignements de Carnac, le Cairn de Gavrinis et le grand menhir brisé de Locmariaquer. On y trouve aussi la merveille qu’est le Golfe du Morbihan (Mor-Bihan signifiant la « petite mer », ce terme désignait en premier lieu le golfe lui-même. Nous avons donc là un beau pléonasme).

 

  • Côte d’Amour : l’appellation touristique par excellence, trouvée suite à un jeu-concours au début du XXème siècle. Ceci-dit, nous sommes en plein sujet de Noces !

 

  • Côte de Jade : l’émeraude étant déjà prise, on choisit cette belle pierre verte pour rendre hommage à la couleur du même des flots sur cette portion de côte.

 

  • Côte de Lumière : En Vendée, de grandes plages ont certainement dû aider à trouver ce qualificatif. Il est vrai que, comme sur toutes les côtes d’ailleurs, la lumière y est particulière.  

 

  • Côte des Fleurs : oups, redite ? Durement touchée par la tempète Xinthia. Elle a une homonyme en Italie.

 

  • Côte Sauvage (il en existe un homonyme à Quiberon) et Côte de Beauté.  Cette dernière doit son nom au comité Miss Europe (les reines de beauté, donc, paraitrait-il) en 1931. Auparavant, elle d’appelait côte d’Argent, qui, nous le verrons juste après, était déjà pris.

 

  • Côte d’Argent : la plus longue certainement ! Une longue barre de sable, seulement échancrée par l’estuaire de la Gironde et le bassin d’Arcachon. Pauvre en abris naturels, elle fut pendant longtemps repoussante. Puis le tourisme a changé les choses, et a permis son développement. Comme d’autres, elle est soumise à l’érosion qui fait reculer le sable vers l’intérieur des terres, mais elle est le paradis des surfeurs. La houle du Golfe de Gascogne crée de véritables rouleaux qui ont donné son nom à cette côte : l’argent évoque le scintillement des flots atlantiques sous le soleil.

 

  • Côte Basque : anciennement intégrée à la côte d’Argent, elle a été « lancée » par l’impératrice Eugénie qui a fait de Biarritz une des stations les plus « hypes ».

 

Nous voilà arrivés à l’extrémité de la côte Manche-Atlantique. Continuons avec la Méditerranée :

 

  • Côte Vermeille, dont l’adjectif rappelle la rougeur des roches. Rappelons que « vermeil » désigne aussi une variété de rouge, issu d’un insecte appelé vermiculus, ou cochenille.

 

  • Côte d’Améthyste : une référence aux flots violets ? J’en doute. Peut-être parce qu’elle a été aménagée tardivement pour le tourisme et qu’il ne restait plus que ce nom de pierre fine. Ou alors parce qu’on y boit beaucoup (car très touristique !) et que l’améthyste passe pour prévenir de l’ivresse[3].

 

  • Côte Camarguaise : encore une appellation strictement géographique mais qui se suffit à elle-même. La Camargue, comme la Baie Picarde, est un monument naturel qu’il n’est nul besoin d’enjoliver !

 

  • Côte Bleue : à l’Ouest de Marseille, la mer y est effectivement bleue, et sa couleur tranche avec le calcaire des calanques, certes moins célèbres que celles qui marquent le littoral entre la cité Phocéenne et Cassis.

 

  • Côte d’Azur : la plus connue, la plus courue. Là encore, on parle d’Azur de l’eau et également du ciel. On doit son nom à un écrivain, Stephen Liegeard, qui publia en 1887 le livre éponyme. Rappelons que l’azur est le bleu de l’héraldique. Il venait de Dijon, ce qui a son importance, car Dijon est situé en Côte d’Or. La seule « côte » qui ne soit pas maritime[4].

Appellation touristique par excellence, la Côte d’Azur doit son développement au train du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM), qui la mit facilement en relation avec l’Angleterre, dont certains habitants fortunés aimèrent à venir y prendre le soleil d’hiver.

On notera que cette appellation « côte d’Azur », qui va théoriquement jusqu’à l’Italie, regroupe d’autres appellations plus spécifiques : la côte des Maures, celle de l’Esterel (toutes deux nommées ainsi en fonction des massifs montagneux qui y plongent dans la mer), et la plus prestigieuse de toutes certainement : la Riviera.

 

Voilà achevé notre tour de France des côtes. Et vous avez vu combien de ces côtes ont repris le nom de matières célébrées lors des noces. Eh oui, la France, pays terrestre, n’en est pas moins une grande nation maritime. Comme Venise en son temps, elle célèbre ses épousailles avec la Grande Bleue.

 

Récapitulons ici les matières célébrées :

 

  • Opale (21 ans de mariage)
  • Albâtre (75 ans de mariage)
  • Nacre (42 ans de mariage)
  • Émeraude (40 ans de mariage)
  • Granite (68 ou 90 ans de mariage, comme le Granit)
  • Jade (26 ans de mariage)
  • Argent (25 ans de mariage)
  • Vermeille => Vermeil (45 ans de mariage)
  • Améthyste (48 ans de mariage)

 

Et n’oublions pas la Côte d’Or (à ne pas confondre avec la Côte de l’Or, aujourd’hui le Ghana, en Afrique) : 50 ans de mariage !

 

Envie d'en savoir plus ? L'histoire et la symbolique de toutes ces matières sont racontées dans un livre...


[1] Un calcul qui doit prendre en compte le niveau moyen des mers, la taille minimale des îlots… ce qui peut sacrément faire changer les choses. Il faut savoir également si on y inclus les territoires d’outre-mer ou comment on intègre l’aspect « fractal » de certaines côtes (allez donc mesurer les côtes déchiquetées de Bretagne ou de la Côte d’Azur…)

[2] Eh oui, en français, même pour un mot italien, on met un « s ». On dit des pianos et non des piani, des scénarios et non des scénarii…

[3] Il y a un truc : ça ne fonctionne pas !

[4] Le géomorphologue (ou parfois l’amateur de bon vin) parlera néanmoins des côtes de Meuse, de Moselle, du Rhône, de Nuits…

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