71 ans, noces de Zinc : une toiture inoxydable !

Publié le 15 Février 2015

Vue de toits (effets de neige) - Gustave Caillebotte - 1878 - 1879 - Musée d'Orsay

Vue de toits (effets de neige) - Gustave Caillebotte - 1878 - 1879 - Musée d'Orsay

Cette semaine, les médias ont évoqué le projet de classement des toits de Paris au patrimoine mondial de l’Humanité, sous l’égide de l’UNESCO. D’aucuns ont comparé ce paysage à  une houle grise, que le jeu de lumières rend mouvante. Romantique en diable à l’occasion de la Saint-Valentin, car nous savons combien Paris est romantique.

C’est l’occasion pour nous de rappeler que Paris se distingue justement par sa relative pérennité. Là où les esprits chagrins se désolent de voir Paris rester « immobile », et « manquer d’audace », devenir une « ville-musée », il faut s’interroger sur les modèles qu’on lui oppose. En général il s’agit de Londres et de Berlin.

Berlin, tout le monde le sait, fut très endommagée par les bombardements alliés puis ce qui restait fut encore détruit lors de la dantesque bataille de Berlin, de la mi-avril au 2 mai 1945. De ce champ de ruines, il fallut reconstruire une cité, comme chez nous au Havre, autre ville dont le centre reconstruit est désormais classé au patrimoine de l’Humanité[1]. Même chose pour Londres, dans une moindre mesure il est vrai : oui, la capitale britannique a aussi souffert du Blitz. De nombreuses destructions ont eu lieu, mettant à mal l’architecture de la ville.

Pour nos voisins Anglais et Allemands, la question ne s’est guère posée. Sauf dans certains centres historiques comme à Dresde, la reconstruction à l’identique ne fut pas envisagée. Paris a eu la chance de ne pas avoir été détruite. Certes bombardée en 1918 par les Pariser Kanone (improprement appelés Grosse Bertha), elle fut déclarée ville ouverte en 1940 et Von Choltitz (à qui on dut le bombardement de Rotterdam en 1940 et celui de Sébastopol en 1942), pour sauver sa tête, renonça à obéir à son Führer en 1944.

Il nous reste donc ce paysage, à la fois immobile, pérenne et mouvant, comme peut l’être la surface d’une mer, toujours présente et pourtant toujours changeante. A quoi devons nous ce paysage unique ? A la combinaison de l’ardoise et du zinc.

Le zinc…, métal gris, ou plutôt grisâtre, mais sans l’éclat froid de l’acier poli, sans la brillance de l’argent. Un métal discret, presque pauvre. Et pourtant… Pourtant il est d’une utilité considérable, car il a de grandes qualités : son point de fusion est bas (452 °C, ce qui le rend facile à travailler), et il est quasiment inaltérable par l’oxygène de l’air, comme l’est par exemple l’acier. Deux points forts qui le rendent donc précieux aux yeux des artisans couvreurs, bien dénommés « couvreurs-zingueurs ».

Mais pourquoi ne pas utiliser le cuivre, dont on produit chaque année à peu près la même quantité, et qui, sous l’effet de l’air, donne une patine vert-de-gris du plus bel effet ? Parce que le cuivre est LE métal stratégique de notre civilisation fondée sur les flux d’informations et le transport de l’électricité et qu’il est réservé à cet usage.  Mieux que le cuivre, en la matière, il n’y a que l’or et l’argent. Donc… Alors que le zinc, lui, ne sert « que » parce qu’il est peu sensible à l’oxydation.

Ce qui ouvre quand même des perspectives royales. Pensez aux pylônes électriques, aux pièces mécaniques, aux kilomètres de rambardes de sécurité… Tous ces objets sont soit recouvert de zinc par galvanisation ou immersion. Et rendus donc inattaquables par l’air. En l’absence de zinc, notre paysage quotidien serait donc bien rouillé !

Mais cela est une autre histoire, que je vous raconterai un jour dans ces lignes. Pour les autres matières, vous connaissez l’adresse…

 


[1] Eh oui ! On peut aimer, ou pas, cette profusion de béton, mais il y avait alors de la recherche de confort, d’esthétisme, avec des matériaux neufs, et dans un contexte particulier. Ne jugeons pas avec nos critères actuels. Et allez donc visiter le Havre. Pour voir ce qui reste de l’ancienne ville, rasée, allez sur la plage de Sainte-Adresse. Là, la mer recrache les briques, les blocs de charbons, les tessons de céramique, tous patiemment polis, que l’on a un jour rejeté là, pour faire place nette.

Pylône pour Ligne à Haute Tension dans les Vosges - Photo 0x010C

Pylône pour Ligne à Haute Tension dans les Vosges - Photo 0x010C

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Zinc

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article