70 ans de mariage : Noces de Platine, 1001 grammes au kilo ?

Publié le 12 Mars 2015

K4 - une des copies du Kilogramme-Etalon, conservée au USA. Photo de 1915.

K4 - une des copies du Kilogramme-Etalon, conservée au USA. Photo de 1915.

Rappelez-vous, je vous avais promis un article sur le sujet, et à l’occasion du film « 1001 grammes », je trouve l’occasion de le faire.

Le titre du film est en soi un non-sens (c’est bien pour cela qu’il a été choisi, me direz-vous !), car le kilogramme est l’unité internationale de mesure et qu’il est formé, par définition, de 1000 grammes ! Pas un de plus, pas un de moins.

Cependant, tout n’est pas aussi simple. Nous le savons depuis cette sombre histoire de monnaies, nos anciens avaient des manières bien à eux de mesurer.  Remarquez, chacune avait de bonnes raisons d’exister.

Il semble logique, en effet, de compter en pouces, en empans, en pas. C’est le premier système de mesures que nous avons sous la main (et même dans la main !).  Le problème est que le pouce d’un tel n’est pas le même que celui d’un autre. Et puis vous connaissez tous les bottes de sept lieues que portait l’ogre du Petit Poucet. Oui, mais de quelles lieues parlait-on ? Celles de Paris ? Celles de Tours ? Oui, car ce qui ne gâtait rien, c’est qu’il n’y avait en la matière aucune normalisation. Et cela touchait tous les domaines de mesure : les distances[1], les poids, et même le temps.

Heureusement, le génie civilisateur de la Révolution Française est venu mettre un peu d’ordre dans tout cela. On allait utiliser désormais une base 10, beaucoup plus scientifique, ce qui allait quand même simplifier les choses… (Bien que l’énumération des multiples et des sous-multiples de ces mesures donne encore des sueurs froides à certains. Parle-t-on souvent de décagrammes, vraiment ?) Gramme, kilogramme, décigramme, décagramme, hectogramme… vous connaissez, mmh ? Et pour répandre ce nouveau système, on put compter sur la Furia Francese[2] ou plutôt napoléonienne…[3]

Bref, une fois le principe du système trouvé, il fallait trouver des références. Comment définir le mètre ? On décréta qu’il s’agissait de la dix-millionième partie de la distance entre l’Equateur et le Pôle. Donc, par définition, il y a 10 000 km entre le Pôle Nord et n’importe quel point de l’Equateur.

Plus tard, on affina les choses, et aujourd’hui, depuis 1983, le mètre est la distance parcourue par la lumière dans le vide en 1/299 792 458 seconde. On ne peut faire plus précis. Et le poids ? Comment le définir ? Par quelle grandeur physique ? Un kilogramme est la masse d’un litre d’eau (le litre étant lui-même défini grâce à la longueur) à 4°C, la température à laquelle elle est la plus dense. Pas très facile à transporter, comme le serait un mètre ruban… Alors on décida de créer un « étalon » pour garder la référence du poids.

C’est ainsi qu’on choisit un corps très stable, le platine, allié à 10 % d’iridium, un métal de la même famille, qui assure à l’ensemble sa dureté. Cet alliage est extrêmement dense, plus de 21 fois plus lourde que l’eau ! On en forma un cylindre de 39,17 mm de hauteur et de diamètre, taille calculée pour minimiser sa surface et donc son usure. L’alliage est inaltérable, offre une bonne conductivité électrique pour ne pas s’échauffer, et ses arêtes sont cassées par des chanfreins, le tout pour minimiser son usure. Enfin, le poids-étalon originel est conservé sous une triple cloche de verre, sous vide, dans une cave du Pavillon de Breteuil à Sèvres. Et on n’y touche pas ! On ne le sort qu’une fois tous les 50 ans, pour le vérifier. Autant dire que tout est fait pour que la référence du poids ne change pas.

Et pourtant, il faut bien l’admettre, il a bien changé. Oh, pas de beaucoup, mais depuis sa coulée en 1889, on estime qu’il a perdu quelques microgrammes. Par oxydation, ou par lavage (il faut bien le frotter de temps à autre). Certaines de ses copies ont quant à elles « grossi » un peu, à cause des impuretés qui se déposent sur elles.  Et qu’est ce que ca change ? Pour lui, rien, il reste LE kilogramme de référence. Mais pour tout le reste…

Imaginons. Vous comptez votre poids en kilogrammes[4]. Disons que vous en pesez 60. Soit 60 fois un bloc étalon en platine. Oui, mais si ce bloc pèse moins lourd et donc moins qu’un kilogramme, alors votre poids sera donc de 60 et des poussières blocs de platine. Et donc vous avez pris du poids. Dur, hein ?

C’est ainsi que la science se heurte là à un mur. Nous avons trouvé une grandeur inaltérable pour fixer les distances, mais le poids restera pour longtemps encore fixé par un bloc soumis aux changements du temps. D’où le titre du film…

Le platine, métal précieux, a des cousins moins prestigieux mais à l’histoire humaine autrement plus longue !  Pour les découvrir...

 

PS. Rassurez-vous, vous n’avez pas grossi de beaucoup dans toute cette histoire.

 


[1] On utilisait même la verge au Québec. Quand ma mère, québécoise, demanda un jour à un marchand français deux verges de tissu, je vous laisse imaginer la tête du dit marchand…

[2] Cette expression était surtout employée lors des Guerres d’Italie à la Renaissance et n’était pas forcément un compliment…

[3] Bien entendu, nos amis Britanniques éprouvèrent quelque résistance à adopter le système.

[4] Ma grand-mère québécoise préférait se peser en kilogrammes qu’en livres, car elle pesait alors « deux fois moins »…

Un tableau qui a dû faire frémir des générations d'élèves !

Un tableau qui a dû faire frémir des générations d'élèves !

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Platine

Repost 0
Commenter cet article

Alliance Passion 04/12/2015 03:50

Le platine est à mon avis le métal précieux par excellence, idéal pour créer par exemple une alliance de mariage.

Nicolas PERROT 05/12/2015 21:13

Bonjour, il est effectivement plus précieux que l'or, et est, comme lui, inaltérable. Un cadeau de choix, qui vaut certainement d'économiser un peu sur la réception de mariage. L'alliance, elle, dure bien plus longtemps !