Noces de cire, 4 ans de mariage, le temps de faire attention à ce qu'on dit.

Publié le 20 Mars 2015

Un phonographe d'Edison avec son cylindre de cire - Photo Norman Bruderhofer

Un phonographe d'Edison avec son cylindre de cire - Photo Norman Bruderhofer

Les politicien(ne)s (et même récemment un milliardaire) ne lui disent pas merci. Lui ? Charles Cros, un inventeur français qui se fit voler par la vedette quelques mois après sa découverte. Par qui ? Thomas Alva Edison, rien que lui. L’objet du délit ? Un dispositif destiné à enregistrer le son. Eh oui ! On l’oublie souvent, mais le « paélographe » a bien été inventé par ce M. Cros, qui décrit sa découverte le 18 avril 1877.

Oui, sauf qu’en décembre de la même année, Edison présente en public son propre système, et, dans la foulée, en dépose le brevet. Ce ne sera évidemment pas le seul, car nous devons à l’homme en question nombre des inventions dont nous nous servons quotidiennement. Bien entendu, beaucoup ont évolué : nous avons signé il y a peu de temps la mort des ampoules à incandescence mais le principe reste valable. Une d’entre elles a déjà usé deux ou trois webcams destinées à la surveiller : l’ampoule de la caserne de pompiers de Livermore, en Californie, est allumée depuis… 1901.

Revenons à nos affaires, c'est-à-dire cette grande histoire de la « capture » du son. Avant la fin de ce XIXème siècle, on savait déjà produire de la lumière grâce à la flamme d’une lampe, on pouvait à la rigueur «saisir » un souvenir visuel en le peignant (ce qui n’était pas à la portée de chacun, convenons-en), mais le son était par définition volatil. Ne disait-on pas, depuis l’Antiquité « verba volant, scripta manent [1]» ? Et même la musique nécessitait, pour être appréciée, d’être jouée au même moment. Alors bien évidemment, quand on était roi, il était relativement facile d’avoir droit à une jolie ambiance musicale lors de ses repas. Un petit orchestre, parfois savamment dissimulé par l’architecture, et le tour était joué. Mais pas très pratique en définitive et guère à la portée de chacun d’entre nous !

Alors, comment en est-on arrivé à notre époque qui voit les passants plongés dans l’écoute de leurs casques audio, les politiques devoir faire attention aux micros pouvant être dissimulés partout, et tout un chacun téléphoner à l’autre bout de la rue ou à l’autre moitié du monde ?

Tout simplement avec une bête pointe gravant d’abord de l’étain puis de la cire, plus malléable. De la cire, oui, un corps connu depuis des siècles, sur lequel Pascal, le grand penseur français, avait philosophé. Le principe ? Les ondes du son (en particulier de la voix) étaient transmises par liaison mécanique à un stylet qui imprimait ses mouvements sur un cylindre de cire en rotation. Pour réécouter le son si magiquement capté, il suffisait de reprendre le système à l’inverse. On a du mal à imaginer comment cela a pu changer notre perception du monde. On pouvait alors écouter la musique sans avoir à rassembler un orchestre (ou même lui demander de répéter en boucle toujours le même morceau, ce qui aurait pu les lasser), ou on pouvait conserver la voix des êtres chers ou des grands témoins de notre temps.  

Encore quelques années, et puis on allait découvrir comment transporter cette voix autrement que par le vent et le téléphone. Allait naitre la radio, puis le cinéma parlant et la télévision, alliant le son et l’image.

Des choses si banales, aussi banales que la cire, et pourtant, qui ont bouleversé notre rapport au temps et au Monde.

Je suis certain que vous regardez les abeilles différemment à partir d’aujourd’hui.

 


[1] On vous épargnera la peine d’aller voir la traduction de cette locution dans les pages roses d’un célèbre dictionnaire, à côté des célèbres « cave canem », « cogito ergo sum » ou autre « tu quoque fili ! » : cela veut dire « Les paroles s’envolent, les écrits restent ».

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Cire

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