Noces de fer... le temps de dégainer l'épée, ou de monter sur le trône ?

Publié le 14 Avril 2015

Noces de fer... le temps de dégainer l'épée, ou de monter sur le trône ?

Ca y est, les fans l'attendaient, elle arrive : la 5ème saison de "Game of Thrones", la série la plus amorale qui soit, faite de violence, de sexe, et de politique (cette dernière étant souvent une synthèse des deux premières d'ailleurs). Le Seigneur des Anneaux était relativement simple à suivre : il y avait les bons (très bons), les méchants (très méchants et en général très moches) et les entre-deux. Mais l'idée globale était claire : le Bien triomphe du Mal.

Rien à voir dans "GOT", et on y use avec abondance d'épées. D'ailleurs, le Trône de Fer, celui que tout le monde convoite, est justement fait d'épées, donc, de fer. On aurait pu trouver plus précieux, comme le trône d'Argent de Louis XIV (fondu pour financer la guerre de la Ligue d'Augsbourg), mais George RR Martin a trouvé (avec raison) que ça avait de la gueule, un trône fait d'épées prises à ses ennemis. Napoléon avait d'ailleurs fait de même avec les canons pris aux Autrichiens. Mais c'était du bronze.

C'est l'occasion de se pencher sur ces fameuses épées en abordant deux sujets : le damassage et la purification "ornithophile".

 

1. Le damassage (à ne pas confondre avec "damasquinage") recouvre en réalité le "vrai damas" (ou wootz) et le corroyage. Tout deux procédés qui ont créé des lames légendaires, dignes de l'acier Valyrien !

Le wootz est un acier d'origine indienne, dont on (re)découvre petit à petit les secrets. C'est un procédé compliqué, très bien expliqué ici, qui conduit à créer un acier à la fois très dur et peu fragile (en général, plus c'est dur, plus c'est fragile), grâce à l'incorporation naturelle de vanadium dans le minerai de fer utilisé. 

Le process de forge donnera des motifs moirés sur les lames.

Acier moiré, Iran.

Acier moiré, Iran.

Le corroyage a été utilisé, quant à lui, en Europe, depuis le Haut Moyen-âge au moins, et consistait à empiler des "feuilles" d'acier (alliage de fer et de carbone contenant moins de 2% de ce dernier) et de fer obtenu par forgeage d'une loupe de fer, en alternance. Le "sandwich" ainsi obtenu était martelé jusqu'à obtenir une barre de section carrée. Cette barre était tordue, puis rebattue jusqu'à former une lame, qui alliait la dureté de l'acier à la ductilité du fer. La science moderne a montré que la résistance de ces lames se joue au niveau microscopique, par une cémentation généralisée du métal. Quant à l'aspect de ces lames, il est également moiré, par action d'un acide qui révélera les différences de teintes des deux métaux intimement liés.

 

2. La purification ornithophile.

Oui, je sais, cette appelation non contrôlée est capillotractée. Mais l'idée est bien d'utiliser des oiseaux. Comment ?

La forge médiévale ne peut alors faire "couler" que du fer. On parle de "coulée" entre parenthèses, car les fourneaux de l'époque ne sont pas encore "hauts" et ne peuvent donc atteindre les hautes températures nécessaires à la fusion totale du minerai (1538 °C pour le Fer), et donc on se contente de masses spongieuses, des "loupes", qu'il faut marteler pour séparer le fer des impuretées, les scories.

L'invention du marteau-pilon mû par la force hydraulique (via l'arbre à cames, qui transforme le mouvement circulaire de la roue en un mouvement vertical de va-et-vient) va remplacer un peu la force musculaire du forgeron, mais il restera toujours des impuretés. Alors, si ce fer convient au tout venant, il n'est pas adapté aux meilleures épées, qui doivent allier légèreté et resistance. Non, une épée ne pèse pas 10 kg ! Essayez donc de vous battre avec une barre de fer de 10 kg !

Alors, "on" eut l'idée d'utiliser un procédé plutôt original. Il fallait pour cela forger grossièrement le fer, puis le limer jusqu'à le transformer... en limaille (merci l'effort), et faire ingurgiter le tout à un volatile, genre pigeon ou canard. Oui, vous mélangiez le métal à de la vraie nourriture... Puis vous laissiez faire la nature... euh, la digestion, et vous récupériez le fer en fin de process. Dans la fiente, oui !

Qu'est ce que ça apportait ? L'acide attaquait les impuretés, et purifiait donc le métal. On arrivait ainsi, au bout de 2 ou 3 "cycles", a obtenir un métal très pur, idéal pour la forge. Et voilà donc un acier d'origine aviaire !

 

Comme vous l'aurez vu, en matière de bataille et de guerre, l'Homme n'aura jamais fait montre d'un manque d'imagination. Et encore, je ne vous ai pas encore raconté tout ce qu'on a inventé depuis. Cela risquerait de donner des idées aux mariés... Car ne se marie-t-on pas pour le meilleur et pour le pire ?

Je pense cependant que de trône, c'est avant tout celui de porcelaine qui est le plus disputé sous les chaumières !

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Fer

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