Noces de Rose (17 ans) : "cueillez dès aujourd'hui..." la Suite !

Publié le 8 Août 2015

Rose "Pierre de Ronsard". Photo Manfred Heyde

Rose "Pierre de Ronsard". Photo Manfred Heyde

..."les roses de la vie". Voilà le dernier vers de l'un des Sonnets pour Hélène, l'une des oeuvres les plus célèbres du poête Pierre de Ronsard (1524 - 1585), chantre pour certains du poême d'amour.

Cette oeuvre était en réalité une commande de la reine Catherine de Médicis qui entendait "remonter le moral" de sa protégée Hélène de Surgères, qui avait perdu son amant à la guerre. Le poête se "prêta" tant et si bien au jeu qu'il commença à éprouver un véritable amour pour la Belle. Cependant, celui-ci ne fut jamais réciproque. Au plus l'homme, devenu vieux (pour les standards de l'époque) aurait eu droit à un "Je vous aime, poête". Et encore, on ne sait si Hélène avait glissé ou pas une virgule dans sa phrase. Car la chose est d'importance : goutez-donc la différence entre "Je vous aime, poête" (en gros : "je vous aime, vous le poête") et "Je vous aime poête" (autrement dit : "continuez à faire vos vers, mais vous n'aurez rien de moi").

Quoi qu'il en soit, une fois ces vers immortels écrits, Pierre de Ronsard eut à trouver une suite. C'est l'historienne Diane Ducret1 qui nous la rapporte. En ces temps troublés (nous sommes en pleines Guerres de Religion), une fouille générale des appartements royaux est ordonnée, à la recherche d'armes. Dans ceux de la belle Hélène, point d'arme, mais... des godemichés.

Or, si Ronsard peut respecter et aimer plus encore une femme qui se refuse à lui en souvenir de son défunt amant, il a du mal à concevoir que celle-ci puisse s'adonner au plaisir solitaire. Et sa réponse se fait, là encore, en vers (on a la "classe"... ou pas, vous jugerez) :

 

« Amour, je ne me plains de l’orgueil endurci,

Ni de la crauté de ma jeune Lucrèce,

Ni comme, sans reccours, languir elle me laisse :

Je me plais de sa main et de son godemicy.

C’est un gros instrument par le bout étréci,

Dont chaste elle corrompt toute nuit sa jeunesse :

Voilà contre l’Amour sa prudente finesse,

Voilà comme elle trompe un amoureux souci.

Aussi, pour récompense, une haleine puante,

Une glaire épaissie entre ses draps gluante,

Un œil hâve et battu, un teint pâle et défait,

Montrent qu’un faux plaisir toute nuit la possède2. »

 

Heureusement, les choses ont (un peu) évolué, et le chemin vers l'épanouissement personnel et sexuel s'est quelque peu libéré dans notre pays !

Cela dit, que cela ne vous empêche pas d'offrir à votre bien-aimé(e) de jolies roses chantées par les poêtes (Ronsard n'étant pas le seul !). Quant aux autres secrets de cette fleur, vous pouvez en découvrir certains par là...

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1. Diane Ducret, La chair interdite. Ed. Albin Michel, Paris, 2014.

2. Pierre de Ronsard, Le livret de folastreries (1553), in Œuvres complètes, ed. Paul Laumonier, t. V, Droz, 1921.Cité par Diane Ducret. 

 

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Rose

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