Noces de combien ? Que diront les chiffres ?

Publié le 24 Novembre 2016

Noces de combien ? Que diront les chiffres ?

Une nouvelle émission de télévision rencontre, semble t-il, un certain succès. Le concept (ou "pitch" comme on dit) est le suivant : faire se marier des personnes qui ne se sont jamais vues auparavant, en faisant alors confiance à toute une série de calculs (savants, comme il se doit) visant à déterminer la proximité des (heureux ?) tourtereaux. En fait, l'analogie aviaire n'est pas de mise car les personnes en question n'auront justement pas eu le temps de roucouler avant de se dire "Oui" devant M. ou Mme le Maire.

Quoi qu'il en soit, cela pose question. Les cyniques pourront dire que de toute façon, avec le taux de divorces, cela ne pourra être pire que certaines unions. Et puis en cas de problème, il sera très facile de se défausser sur les chiffres, auxquels, c'est bien connu, on fait dire ce que l'on veut. Après tout, cela peut très bien fonctionner pour plusieurs couples, choisis à l'aide des mêmes algorithmes que ceux utilisés dans la vie quotidienne pour deviner nos comportements, surtout lorsqu'il y a un achat à la clé. Lorsque j'ai révélé à mon collègue de travail que son jeu préféré (un truc de bonbons incompréhensible pour moi qui suis un dinosaure, encore fidèle à ses mots croisés ou à son Sudoku) analysait sa façon de jouer, cela ne l'a pas étonné outre mesure. Moi, si, et j'avais dévoré l'article qui avait été consacré à la chose dans une revue de vulgarisation scientifique (au sens noble du terme) d'un grand tirage. 

Car les chiffres sont partout, n'en déplaise aux réfractaires aux mathématiques. Si l'informatique a commencé avec le métier à tisser de Jacquard (pour la soie), on a effectivement fait du chemin depuis, mais la quête a toujours été la même : programmer pour rendre automatique, puis prévoir, anticiper. Jusqu'à disséquer nos comportements, les comprendre, les prévoir, donc, mais aussi, pourquoi pas, les contrôler.

Là où je me pose des questions, c'est que l'on va faire confiance, dans le cadre d'une émission télévisée, à des chiffres pour décider à notre place de la personne avec qui on va (théoriquement) passer le reste de notre vie. Car à l'origine, le but du mariage c'est aussi de rester le plus longtemps ensemble. Quoique le fait même que l'on célèbre les anniversaires de mariage est en soit un signe de l'insolite de la chose : "tu vois chéri(e) ? encore un an de plus". "Ouh là là, oui, je n'y croyais pas". Romantique, non ?

C'est peut-être parce que je suis parfois un peu grinçant. On pourrait voir cela, effectivement, comme tous les jalons d'une route commune que l'on franchit ensemble. "Tu vois, chéri(e), tout le chemin que nous avons parcouru ensemble ?" "Oh, oui, cela me donne envie de continuer la route".

Reste à savoir si, le pouvoir de décision étant donné aux chiffres, la durée des unions ira en croissant. Dans tous les cas, c'est à désespérer de l'esprit humain. Dans un cas parce que on aurait gâché notre esprit à laisser un ordinateur décider pour nous, dans l'autre parce que l'ordinateur aurait mieux fait que nous.

Au fait, les noces de silice (qui donnent le silicium, composant principal des puces électroniques), c'est 77 ans. On tente le coup ?

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Silice

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