L'or de votre alliance, recyclé ?

Publié le 4 Mai 2017

Lauriers, origine chypriote, vers 3000 ans av JC - Musée de Mannheim - Ph. Andreas Praefke - Wikipedia Commons

Lauriers, origine chypriote, vers 3000 ans av JC - Musée de Mannheim - Ph. Andreas Praefke - Wikipedia Commons

Un bijou en or fait le plus souvent plaisir. Il est vrai que le métal jaune n’est pas précieux pour rien. Remarqué dès l’Antiquité pour sa couleur semblable à celle du Soleil, presque partout divinisé (en latin, son nom, aurum signifie aussi aurore), et par son éclat, il a également pour lui sa facilité à être travaillé. Il est en effet très ductile, et peut être mis en forme aisément.  De plus, contrairement à d’autres métaux comme le cuivre ou le fer, il ne s’oxyde pas. Il est inaltérable, sauf à être attaqué par de l’eau régale, mélange d’acides nitrique et sulfurique.

Enfin, corollaire du dernier point, qui montre qu’il ne réagit avec aucun autre corps, on le trouve à l’état natif dans la nature, c’est-à-dire pur. Pour dire autrement : il est prêt à l’emploi, il ne reste plus qu’à en trouver une quantité suffisante pour l’usage que vous voulez en faire. Et c’est là que le bât blesse, dira-t-on.

En même temps, c’est logique, un métal est également précieux parce qu’il est rare. En la matière, l’or est, encore une fois, conforme à cette définition. Pour toutes ses qualités aujourd’hui appréciées dans l’électronique, ce serait une bonne chose qu’il soit précieux. Cela ne remettrait même pas vraiment en cause son statut de métal attirant, car son éclat jaune resterait inimitable. Mais voilà, il est rare, et il est loin le temps où un fleuve pouvait rouler des pépites. C’est, un peu exagéré, la description qu’on faisait d’un cours d’eau d’Asie Mineure, aujourd’hui en Turquie, le Pactole, qui traversait les terres du roi Midas.

La soif de l’or a de tout temps existé, et son extraction a toujours été pénible, difficile, aventureuse aussi, et parfois, même souvent, infructueuse. Le temps glorieux de la Ruée vers l’or a apporté fortune à une poignée de chanceux, mais elle a produit son lot de miséreux. Aujourd’hui, extraire de l’or est d’abord affaire de gros sous. Seuls de grands groupes peuvent mettre en exploitation des mines dans lesquelles les concentrations de métal sont de plus en plus faibles. Ainsi, l’argent est trente fois plus abondant que l’or.

Tout cela ne date pas d’hier, me direz-vous, et vous aurez raison. C’est pourquoi l’or, métal fusible à loisir, s’est très tôt prêté au recyclage. Vous imaginez le tableau : une armée conquiert un pays voisin, rafle tout ce qui a de la valeur (vases précieux, or, pierreries, argent, objets d’arts, bétail et, oui, malheureusement, esclaves, parfois femmes et enfants), ce qui constitue le butin. Butin dont certaines pièces sont au goût des vainqueurs tandis que d’autres… (oui, vous pensez à la porcelaine offerte par votre belle-maman).

L’or a donc cette intéressante propriété d’être refondu, pour être transformé en quelque chose d’autre. Ainsi, des statuettes païennes seront transformées en dorures pour retables chrétiens, en pièces d’or pour acheter des armes… Vous imaginez le processus. C’est donc dire que la bague que vous portez au doigt, ou le collier que vous arborez fièrement contient peut-être un peu d’or de Ramsès II, de Montezuma ou du dernier des Incas. La probabilité est statistiquement faible, étant donné que la production d’or n’a fait que s’accroitre avec le temps à mesure que les moyens le permettaient, mais cela changera votre regard sur le bijou que l’on vous a offert avec amour. Dans le même ordre d’idée, l’eau qui ruisselle sous la douche a peut-être baigné Cléopâtre, ou transité par le système rénal d’un dinosaure. C’est fou ce que le recyclage implique, non ?

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces d'Or

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