Aimant, Amant, une histoire de magnétisme.

Publié le 2 Juin 2017

Trouvez le bon cap ! - Photo Manuel M. Vincente - Wikipedia Commons

Trouvez le bon cap ! - Photo Manuel M. Vincente - Wikipedia Commons

L’amour est souvent, dit-on, affaire de magnétisme. Reste à définir ce terme, voulez-vous ? Oui, un peu d’étymologie ne nuit pas au romantisme, bien au contraire. Enfin, pas toujours.

Le magnétisme, tout le monde sait à peu près ce que c’est. Même les enfants l’expérimentent, ne serait-ce qu’en jouant avec les « magnets » - justement ! -  qui colorent la façade du frigo ou en accrochant des wagons les uns avec les autres. C’est une force qui attire ou qui repousse, sans interaction visible. Cela tient presque de la magie, non ? Attirer une pièce de métal, c’est comme crier « Accio », comme le ferait un jeune sorcier de la littérature britannique.

Métal, oui, car seuls les métaux sont concernés par le magnétisme. Et encore, pas tous. Parmi ceux-ci, le fer est le principal. Est c’est justement à un minerai de fer que nous devons ce nom de magnétisme. On parle bien évidemment de la magnétite, qui est un oxyde de fer, de formule Fe3O4, dont on trouvait de beaux exemplaires en Grèce près d’une montagne appelée « La Grande » (Magnétos). Platon, déjà, avait noté sa faculté d’attirer à elle les objets en fer, et même à leur communiquer sa force. L’anneau d’une chaîne qui s’accrochait à cette pierre attirait à son tour d’autres anneaux. On appela cette pierre « pierre d’aimant ».

Et c’est là que l’étymologie devient mystérieuse. Rendons-nous en Chine, où on appelait la magnétite « ci shi », c’est-à-dire « pierre aimante », en ce sens qu’elle aime tellement les éléments qu’elle les attire à elle, telle une mère tendre qui fait venir ses enfants. Cette dernière image est tirée d’un traité de pharmacologie écrit par le médecin chinois Li Shizhen (1518-1593).

L’image est effectivement belle, mais c’est une fausse piste. Revenons à la Grèce Antique, où la pierre de Magnésie était également appelée pierre d’Hercule, en raison de sa force.  Et c’est là que nous allons voir que la confusion s’est faite avec le diamant.

Les deux roches sont en effet très dures (le diamant est la plus dure des pierres), et la magnétite cristallisée se présente parfois en octaèdres, comme le diamant brut. Quant à l’éclat de la pierre, à l’époque, le diamant était plutôt terne, car on n’apprit à le tailler qu’au Moyen Âge.

Pour les Grecs, donc, le diamant était adamas, la pierre indomptable. Et comme on confondait souvent le diamant et l’aimant, ce dernier fut aussi appelé de la même manière. Avouez que c’est confusant. D’autant plus que, lorsque l’Antiquité laissa place au Moyen Âge et que le grec fut peu à peu oublié, supplanté en Europe occidentale par le latin, on pensa qu’adamas était le participe présent  du verbe adamare. Traduit en français, cela donna aymant, participe présent du verbe aymer.

Nous revenons quand même, par des voies alambiquées certes, à la même idée : celle d’une pierre qui « aime » les autres, mais cette seconde explication évoque aussi cette force intrinsèque, et je peux vous dire que, dans mon métier, j’ai à manipuler certains aimants. Et parmi eux, il y en est qui sont particulièrement « aimants »

Quant au magnétisme terrestre, c’est une autre histoire. Mais depuis des siècles, il nous aide à trouver la bonne direction. Comme l’Amour, d’ailleurs, ne pensez-vous pas ? Pas toujours malheureusement. Rappelez-vous qu’un aimant à deux pôles, un qui attire, un qui repousse. Et parfois, il change d’orientation.

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces de Fer

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