Noces d'étain, le métal à faire des potions... magique(s) !

Publié le 14 Juillet 2017

Illustration pour la pièce de théatre "Snow White and the Seven Dwarfs" - Jessie Braham White - 1913 - Wikipedia Commons

Illustration pour la pièce de théatre "Snow White and the Seven Dwarfs" - Jessie Braham White - 1913 - Wikipedia Commons

Cette semaine, pour célébrer les noces d’étain d’un couple de proches (c’était le 7/7, et oui, je pense que le 7/7/7 fut particulièrement couru pour se marier), je parlerai de cette matière sous l’angle de la sorcellerie, à travers l’œuvre majeure (à ce jour) de Joanne K. Rowling.

J’ai lu et relu son heptalogie, et je dois avouer que le truc global, en plus d’être passionnant,  est bien ficelé. Rien ne semble avoir été laissé au hasard, et peu de faits sont annoncés innocemment. Tôt ou tard, on reviendra dessus. Pour asseoir la crédibilité de « son » monde (à preuve du contraire, nous n’avons pas, Moldus que nous sommes, pu prouver la non-existence des sorciers), l’auteur fait référence à des lois magiques, dont la plus célèbre est celle de Gamp sur la métamorphose élémentaire.

Selon cette loi, il est impossible de faire apparaitre par magie :

  1. La vie
  2. De la nourriture [même si on peut la multiplier à l’infini si elle est déjà existante, ce qui est en cohérence avec l’Évangile selon Saint-Jean (6 ; 1-15)].
  3. L’intelligence, la connaissance
  4. Les sentiments véritables (les philtres d’amour étant temporaires, la mère de Tom Riddle/Jedusor, alias Voldemort, en sait quelque chose).
  5. L’argent.

Ainsi, si la nourriture semble apparaitre par magie dans les plats des convives de Poudlard, elle est en fait préparée par les elfes de maison (dont le Front de Libération vaut bien celui des Nains de Jardin), et comme chez les Moldus, il y a des riches et des moins riches. Les connaisseurs de la saga connaissent ainsi les situations respectives des familles Weasley et Malefoy. Le père des premiers, outre le fait qu’il est père de six garçons et d’une fille, est un honnête fonctionnaire du Ministère de la Magie[1]. On ne connait pas son salaire (qui serait de toute manière exprimé en Gallions, Mornilles et Noises, dont l’arithmétique vaut celle de la livre sterling[2]), mais on devine qu’il suffit juste à assurer la vie de sa grande famille. Ce qui ne les empêche pas d’avoir le cœur sur la main. De l’autre côté du spectre de la richesse, et de manière presque caricaturale, on trouve les Malefoy. Immensément riches, ils vivent d’on ne sait pas vraiment quoi. Car au fait, quelle profession peut bien avoir un sorcier, de manière générale[3] et Lucius Malefoy, de manière particulière ?

Tout cela pour dire que Mme Rowling a bien pensé son histoire. Sauf qu’il y a un truc qui me chiffonne. Pourquoi faire acheter à Harry (et à ses condisciples) un chaudron en étain ? J’ai vérifié dans l’édition originale[4], et on parle bien de tin. De l’étain, donc.

Car la liste des fournitures requises pour les élèves de première année stipule bien qu’il faut un chaudron un étain (Chapitre 5 – Harry Potter à l’école des Sorciers – Gallimard). Quand il arrive dans le Chemin de Traverse, Harry aperçoit dans une boutique non identifiée des chaudrons en argent, en cuivre, en étain, et quelques pages plus loin, il a très envie de s’en acheter un en or.

Alors pourquoi l’étain ? Car il y a un vrai problème avec ce métal. Il fond à 232°C. Il n’est donc pas question de le poser sur une flamme quelconque, or, c’est bien à cela qu’il est destiné, si on veut en tirer des potions dans le sombre cachot du professeur Rogue. À moins qu’il n’y ait précisément un comportement différent des métaux dans le monde magique, même s'il est vrai que Neville Londubat (le petit bonhomme si maladroit qui deviendra un véritable héros) arrive à faire fondre le chaudron de son condisciple Seamus, expert, lui, en explosions le plus souvent involontaires.

Pourquoi ne pas avoir choisi le cuivre, qui conduit merveilleusement la chaleur ? Ou alors la fonte de fer, qui, de par sa grande inertie thermique, permet de faire mijoter les ingrédients qu’on lui confie dans les marmites qui en sont faites ? Parfait, non, pour réaliser une potion de mort-vivante ? L’or ou l’argent, qui fondent à peu près à 1000°C, ont aussi leurs avantages. Sauf que leur prix doit être proprement astronomique (ne pas oublier, dans la liste des fournitures, le télescope). A moins, bien sûr de disposer de la pierre philosophale, mais celle-ci est réservée à Nicolas Flamel et de plus elle est détruite à la fin du premier livre.

Alors, justement, est-ce une question de prix ? On peut imaginer que J. K Rowling se soit plutôt attardée sur l’approvisionnement du monde des sorciers en ventricule de dragon, en bois d’if ou en crins de licornes, voire en jus de citrouille. Mais les métaux ? Je gage que les sorciers, comme tout le monde, se les procurent sur le marché mondial. Écartons l’or et l’argent, qui ne sont décidément pas à la portée financière d’un élève « moyen » de Poudlard (Malefoy mis à part). Et comparons l’étain et le cuivre. Au dernier fixing, le cuivre était à 5000 $ la tonne. L’étain ? 20000 $. Il y a donc un rapport de 1 à 4 entre les deux. De 1 à 2.5 si on corrige avec la différence de densité entre les deux, l’étain gris étant plus léger que le cuivre.

Cela fait quand même une sacrée différence. C’est comme si on obligeait les élèves Moldus à acheter obligatoirement du matériel de « marque » plutôt que de laisser le choix pour se procurer des marques « de distributeur ».

Alors, pourquoi ? Au cours des 7 tomes, je n’ai trouvé aucune réponse à cette préférence pour l’étain. Y aurait-il un message caché ? Ou J. K. Rowling avait-elle pensé au rôle dévolu à l’étain dans le contact alimentaire ? (Comme la couche protectrice du fer dans les boites de conserve, ce qui donne du fer-blanc, de quoi éviter toute pollution des potions). Ou bien avait-elle noté aussi le comportement étrange de ce métal avec la température ? Les grognards de Napoléon, dont les boutons d’uniforme étaient en étain, l’avaient remarqué à leur grand malheur, car, soumis au froid, ce métal se transforme en poudre pulvérulente.

Allez-donc effectuer une retraite dans l’hiver Russe en tenant tant bien que mal votre pantalon qui n’a plus de bouton ! Et malgré la victoire relative de la Bérézina (« bataille d’évacuation » qui permit le sauvetage de plusieurs milliers d’hommes et de femmes), le calvaire fut entier. L’étain n’était pas seul responsable, bien entendu, mais à bien y voir, ce métal peu connu a peut-être sa place dans le monde magique.

 

 

[1] Mme Weasley exerçant la tâche de mère de famille. Elle est donc « Cent professions », comme inscrivait ma mère sur les papiers de l’Administration.

[2] Il y a 29 Noises de bronze dans une Mornille d’Argent, et 17 de ces dernières dans un Gallion d’or.

[3] On connait des professeurs, des chasseurs de dragons, des employés de la banque Gringotts, des fabricants de baguette, ou des vendeurs de farces et attrapes, mais la liste des métiers semble limitée tout de même. Cela dit, ce n’est pas le propos central de la saga.

[4] J’adresse ici mes plus plates excuses au traducteur, Jean-François Ménard, pour avoir douté de ses compétences, durement mises à l’épreuve en raison de la quantité de termes « techniques » propres à cet univers magique

Rédigé par Nicolas PERROT

Publié dans #Noces d'Etain

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article